• Le piège aux célibataires dans "Nos Loisirs" de 1911

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    journal, Nos Loisirs, célibataires, goûterTrouvé sur un site d'enchères, cette page extraite de "Nos Loisirs". Il s'agissait d'un journal illustré familial français, d'une trentaine de pages paraissant toutes les semaines entre 1906 et 1940. L'accent était surtout placé sur l'humour et cette publication avait un ton résolument moderne puisque les textes étaient souvent courts (anecdotes, curiosités scientifiques, nouvelles, etc.). Déjà, la revue comporte énormément d'illustrations et de photos. 

    Daté de juillet 1911, le journal consacre une page entière au goûter matrimonial d'Ecaussinnes-Lalaing.  A cette époque, la publication modifie le graphisme de sa couverture et on y voit des illustrations d'Armand Rapeño ou Geo Gaumet ainsi que des portraits féminins qu'on doit à Manuel Feliu de Lemus. Auparavant, la couverture est réalisée par un artiste qui livre chaque semaine une illustration originale. Le style art nouveau est privilégié. Mais dès 1911, on y insère de plus en plus de photos.

    Dans l'article, on y évoque le goûter monstre organisé, le même jour à Ronquières. La moitié de l'article y est d'ailleurs consacrée et l'auteur en conclut que c'est une tradition belge. "La Belgique a vu naître réellement une curieuse et joyeuse cérémonie définitivement entrée dans les moeurs. Cette année encore, les demoiselles d'Ecaussinnes-Lalaing avaient invité les célibataires des deux mondes à un goûter matrimonial." Suit un extrait du texte écrit par Marcel Tricot. "Ecaussinnes, c'est aux confins du beau pays de Hainaut et du Brabant, un gros village célèbre par ses carrières dont la pierre bleue se bat sur le marché avec la pierre blanche d'Euville", écrit Louis Piérard.

    Faire des économies à Ecaussinnes

    La présidente se nomme Marie De Ceuleneer. C'est elle qui préside déjà aux destinées du goûter 1910. Le journal rapporte un extrait du discours de Mlle De Ceuleneer, à l'occasion du 9e goûter matrimonial"Evidemment,ceux qui ont de la galette peuvent se payer le luxe des moyens surannés, soit en faisant insérer une annonce dans un journal quelconque ou en s'adressant à une agence qui leur fera payer fort cher des entrevues avec des personnes fort laides. Mais à côté de ceux-là, il en est d'autres qui, ne pouvant disposer que de leurs maigres économies pour meubler la cage, regardent au prix pour l'oiseau."

    Un quidam aurait ainsi fait paraître une annonce dans un journal et fut littéralement submergé de sollicitations enflammées puisque 2.993 demoiselles lui envoyèrent un portrait! Ce qui fit dire à Mlle De Ceuleneer: "Le renvoi de ces photographies lui a coûté 1000 francs. En prenant un aller-retour pour Ecaussinnes, dont coût: 2fr. 15, ce monsieur pouvait dépenser, avec ses menus frais, une pièce de cent sous, et aurait réalisé un bénéfice net de 995 francs." Pas faux.

  • Los Angeles Herald: "Des Françaises veulent arrêter le suicide de la race"... à Ecaussinnes!

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    Los Angeles Herald June 23 1905 coupure.jpgNous sommes le 23 juin 1905 et le Los Angeles Herald s'intéresse au Goûter matrimonial écaussinnois. Impossible d'imaginer ça aujourd'hui! L'avant-titre a quelque chose de résolument racoleur et de choquant, de faux aussi mais à Los Angeles, qui sait réellement qu'Ecaussinnes est en Belgique et que la Belgique n'est pas la France... "Des filles françaises ont pour projet de juguler le suicide de la race". L'information reçue par câble télégraphique vient de Bruxelles; elle est datée du 22 juin 1905 et publiée le lendemain. "Suicide de la race"... On n'y allait pas avec le dos de la cuillère, à l'époque. 

    journal,los angeles,1905,célibatairesEntre 1903 et 1905, le goûter matrimonial se déroule à la Place de la Bassée mais dès 1906, la foule de plus en plus nombreuse contraint les organisateurs à le déplacer vers la Place de la Ronce (Place des Comtes). C'est Félicie Lescut qui préside le goûter 1905, tout comme elle l'a déjà fait, l'année précédente. Un goûter à l'eau, pourrait-on dire, puisqu'il n'arrêtera de pleuvoir et on entendra même le tonnerre gronder.

    "La petite ville d'Ecaussinnes dans la province du Hainault (SIC) est déterminée à combattre le suicide la race. Les beaux partis étant très rares dans les parages, les filles à marier ont récemment invité les célibataires du monde entier à un pique-nique monstre. Beaucoup ont accepté l'invitation. Les célibataires ont découvert les lieux pittoresques, ils se sont généreusement divertis et on leur a chanté la sérénade. En soirée, il y a eu un banquet et une procession aux flambeaux et des danses sur les prés du village. Le responsable de l'état civil et ses employés se préparent à présent à publier les bans."

    Le titre a été créé en 1873 et a vécu 116 années. Journal californien aux opinions démocrates, il s'intéresse dans un premier temps aux nouvelles essentiellement locales et aux potins de Hollywood. Mais c'est au 3e goûter matrimonial écaussinnois qu'il s'intéresse à l'aube du XXe siècle. Quelques lignes seulement mais pour un quotidien essentiellement tourné vers le local hollywoodien, cela en dit long sur l'aura de la Cité de l'Amour à cette époque.

  • Petite douceur du printemps: "Julos écrit pour vous"

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    Julos Beaucarne, livre, poésie, poèmes, Je m'étais assise au creux des hautes herbes jaunies, dans le fond du jardin. Un rayon de soleil caressant semblait avoir mis le halte-là à l'hiver. Mais ça, c'était avant. Parce qu'il y a désormais un avant et un après. L'histoire s'écrit souvent en lettres de sang mais l'insouciance et la douceur m'avaient envahie, cet après-midi là, lorsque j'ai ouvert le livre de Julos Beaucarne. Sans doute parce qu'il a été écrit en pleine période flower power... Et qu'aujourd'hui encore, à la lecture de cette brassée de pages, des nuages de coccinelles, des arômes de blé, de humus et de tartes fumantes s'évaporent. 

    Je me sentais bien. Les oiseaux papotaient, le ciel était limpide et la terre sentait franchement bon. J'avais trouvé, dans une bouquinerie bruxelloise, "Julos écrit pour vous" et le temps était idéal pour le lire, adossée sur la souche rongée par des champignons fossilisés. En plus, il s'agissait de la première édition, celle de 1975, dans un état plus qu'honorable, conclue à un prix très décent.


    julos beaucarne,poète,henry lejeune,poèmes,poésie,chanson françaiseJ'ai savouré le temps qui passait, le friselis des pages que je tournais, le parfum champêtre, chaleureux, vaporeux mais surtout rond et généreux de la poésie de Julos. Préfacé par un dessin du peintre Henry Lejeune qui avait dessiné un Max Elskamp filandreux, le livre se respire comme un bouquet de fleurs des champs. Chaque mot est un pétale qui s'enfile sur un collier odorant. Julos ignore où il va et nous le suivons, l'air béat et la bouche gourmande de mots. Bourrée d'humour et de petits bonheurs, la poésie de Julos Beaucarne laisse la part belle à un bon sens implacable et souvent à un non-sens tout aussi implacable. Et même s'il habite déjà à Tourinnes la Grosse, il lance quelques oeillades à Ecaussinnes.

    "on espère que la Joconde sera

    exposée dans la maison communale

    d'Ecaussinnes d'Enghien"

    ou

    "en lisant l'almanach du petit

    Ecaussinnois je mangeais du

    pain d'épices sans pudeur

    dans un parc très très très

    triste"  

    A lire ou à relire avec gourmandise.

    La musique de Julos Beaucarne sur un poème de Max Elskamp: O Claire, Suzanne, Adolphine