mardi, 18 février 2014

Henry Lejeune s'en est allé sans bruit...

Autre chromo : un nouveau char du Goûter Matrimonial toujours orné de guirlandes aux couleurs du drapeau belge. Comme l'avait précisé sa fille, la plupart des chars de cette année-là avaient été conçus par l'artiste Henry Lejeune

L'Ecaussinnois s'en est allé sur la pointe des pieds, ce mardi. En 2001, je l'avais rencontré à la faveur d'une exposition à l'Orangerie du Château de Seneffe. Sur la vitre de la porte d'entrée, il avait collé la mention "exposition inutile". A l'époque, Giacometti et Miro venaient d'exposer en ces mêmes lieux et Henry Lejeune semblait se retrouver "écrasé" entre deux géants. "J'avais l'impression qu'on m'avait fourré dans un coin et je trouvais mon exposition inutile." Et comme si cela n'était pas suffisant, une poignée de jours après le vernissage, New York et le monde entier étaient sous le choc du 11 septembre. "C'est toujours comme ça!", s'était-il exclamé. "Dès que j'expose, il y a toujours quelque chose qui tourne mal mais je n'en fais pas une maladie."

Lié au surréalisme hennuyer depuis les années 70, le peintre écaussinnois fraye avec Pol Bury, Urbain Herregodt, Marcel Lefrancq, Louis van de Spiegele, Armand Simon. Il est l'un des créateurs des Racines du Manoir avec Jacques Ducaju, Fredy Taminiaux, Claude Gallant...

La joyeuse bande investit les lieux écaussinnois, les pimentant d'un brin de folie et surtout d'inspiration. On écoute Julos Beaucarne, le trio Chanteclair et Gérard Noël dans la salle d'armes du château fort. On s'adonne à la lessive poétique sur les bords de la Sennette. L'effervescence artistique est à son apogée. Henry Lejeune n'y est pas étranger. Son souffle artistique ne connaît pas de failles et laisse ses empreintes à Ecaussinnes. Comme cette année-là au Goûter.

Et pourtant, nul n'est prophète dans son pays. Il y a 13 ans, il avouait qu'il exposait davantage à Bruxelles, à Paris ou en République tchèque que dans la région. Mais Henry paraissait se tenir à l'écart de la vie mondaine et des artifices. Il poursuivait son travail en artisan, sans complaisance. L'important pour lui, c'était d'expulser cette énergie créatrice qui vivait aux tréfonds de son âme. "Je produis énormément. Je pourrais faire trois Seneffe mais je ne vends presque pas. Il faut paraître pour ça et en plus, je ne suis pas un élève d'académie... L'important, c'est d'avoir une feuille blanche et de pouvoir la remplir." Tout simplement.

(à suivre)

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Commentaires

Merci pour l'hommage à Henry ....

Écrit par : Nadine Lejeune | mercredi, 02 avril 2014

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